La chemise n’a pratiquement pas évolué depuis plus de 70 ans. Mais avant cela, il en est allé tout autrement. Depuis ses origines, elle n’a cessé de se modifier pour s’adapter aux besoins de chaque époque, raison pour laquelle elle n’a pas tout simplement disparu. L’histoire de la chemise pour homme est passionnante, decouvrons la ensemble. 

 

L’ancêtre de la chemise au Moyen Age

 

L’ancêtre de la chemise est la tunique romaine en lin, qui comporte des manches et à la couleur naturelle du tissu. Elle fait son apparition au début du 3ème siècle et est agréable à porter car le tissu est léger et souple. Elle est serrée à la taille par une ceinture. 

tunique romaine

 

Il n’existe pas beaucoup de reproductions graphiques (peintures, statues) d’époque de ces tuniques, mais les écrits racontent qu’elles étaient portées par des personnes de toutes classes sociales.

 

La version pour homme était généralement en lin, descendait à mi-cuisse, et ses manches allaient jusqu’aux poignets. 

 

Charlemagne est presque toujours représenté portant cette tunique sous son manteau rouge ouvert. 

 

Au 13ème siecle, du coton commence à être utilisé pour la confection des ces pré-chemises. Et divers textiles font leur apparition comme le coton futaine, ou les mélanges de lin et de coton (dobletto italien). Les tuniques n’ont pas encore de boutons mais elles ont de gros volants sur les épaules. 

 

C’est à cette époque que ce qui est peu à peu en train de devenir des chemises commence à être associé avec l’élégance. Cette association perdure de nos jours à un niveau plus ou moins conscient. 

 

La chemise durant la Renaissance

 

La chemise se raccourcit peu à peu durant cette période et finit par ne plus recouvrir le haut des cuisses. Parallèlement elle prend de plus en plus d’importance dans les codes esthétiques de l’époque. 

 

Avec le développement des échanges entre les différents pays européens, la variété des textiles augmente et les plus nobles d’entre eux sont utilisés pour la confection des chemises pour hommes ou pour femmes. 

 

Elles sont, pour les plus belles, agrémentées de broderies en soie noire ou en fil d’or. Elles disposent de lacets pour ajuster le col, de tresses et de garnitures. Les décolletés froncés font aussi leur apparition. 

 

Le côté esthétique de la chemise continue de se renforcer au point que des villes italiennes comme Venise, sont reconnues pour l’extrême beauté de leurs créations. 

 

Dans la seconde moitié du 16ème siècle, les cols sont rehaussés de petites sections froncées semblables a des volants. 

 

C’est le col qui subit le plus de transformations au cours des années suivantes. L’imagination des créateurs est débordante comme en témoigne le col à volants.

 

Époque Baroque et Rococo

 

Les époques Baroque et Rococo voient de grands changements dans le domaine de la culture et des arts (musique, peinture, sculpture et littérature).

 

La période baroque est celle de l’opulence, des paillettes et de l’élégance. Celle-ci sera poussée encore plus loin durant la période rococo. Cela se répercute évidemment sur les modes vestimentaires en les modifiant profondément, allant même jusqu’à inverser certaines normes.

 

Le choix des textiles destinés exclusivement à la confection des chemises s’est encore considérablement élargi depuis la Renaissance. Et cela permet une immense variété de chemises qui peuvent être portées pour différentes occasions ou fêtes. 

 

Dans la première moitié du 17ème siècle, la broderie, réalisée par des nonnes cloîtrées dans des couvents, devient très à la mode.

 

En ce qui concerne les chemises pour homme, l’accent est mis sur les éléments gonflés autour de la poitrine et de la taille.

 

La France et l’Italie rivalisent d’ingéniosité pour la création et l’exportation de la dentelle. Ce climat de compétition acharnée aboutit à la création de la dentelle au “point de France”, caractérisée par un réseau de mailles bouclées. 

 

La France devient le plus gros exportateur des plus belles dentelles destinées aux chemises les plus chères. C’est elle qui définit les normes de l’élégance au niveau mondial. 

 

La mode de l’époque sait mettre à profit les plus belles soies, comme celle de Lyon, ainsi que les couleurs, les motifs et la dentelle au fil d’or.

 

Les manches des chemises s’allongent grâce aux poignets de dentelle et dès les premières années du 17ème siècle le col change pour laisser une place à la cravate. C’est au début une bande de tissus enroulée autour du cou et descendant sur la poitrine en une cascade de dentelle.

 

Changement de tendance du 18ème

 

A partir de la seconde moitié du 18ème siècle, la chemise extravagante par ses décorations ne tient plus le haut du pavé. 

 

La tendance s’inverse et la chemise se fait plus sobre en prenant un style plus classique. Elle est portée sous un gilet attaché sur la poitrine et seuls quelques petits volants couvrent les poignets. 

 

A cette époque, la mode est dictée par l’Angleterre qui introduit, entre autres, la queue de pie.

 

La façon dont la société considère les vêtements commence à changer. Le confort est de plus en plus recherché.

 

Grâce aux journaux spécialisés diffusés dans les grandes villes de France et d’Italie, les tendances de la mode se diffusent plus rapidement.

 

La chemise a la fin du 18eme siecle

 

Le 18ème siècle se termine avec un changement radical de l’habillement masculin qui se reflète dans la classe moyenne de l’époque. Les chemises sont plissees jusqu’au cou qui est lui enveloppe d’un foulard blanc. 

 

Le 19ème siècle

 

La société à cette époque est divisée en 2 catégories selon leur façon de porter la chemise. Celle-ci pouvait être portée sans veste, en opposition aux règles rigides de la bourgeoisie, ou sous une redingote afin d’affirmer un certain attachement aux valeurs plus traditionnelles. 

 

Les artistes peintres du 19ème siècle affectionnent la chemise sans col avec des manches amples. 

 

Les cravates deviennent de plus en plus décoratives avec des perles ou des pierres par exemple. Leur taille se réduit dans la seconde moitié du 19ème siècle.

 

La chemise évolue encore pour s’adapter aux contraintes de l’époque. Le col et les poignets deviennent amovibles afin de pouvoir les changer (pour les laver).

 

Les chemises en flanelle, avec des petits motifs colorés font leur apparition. Elles sont portées sous une veste droite et deviennent l’habit standard à partir de 1850. 

 

La chemise au 20ème siècle

 

Au 20ème siècle, la chemise est un élément incontournable dans l’armoire de n’importe quel homme. 

 

La société a été profondément modifiée par la révolution industrielle et l’exode rural. La chemise est devenue un élément d’identification et de revendication de la classe sociale de celui qui la porte. 

 

La chemise à rayures ou à carreaux est en général portée par ceux qui font des travaux manuels, souvent difficiles, fatigants. La chemise blanche est l’uniforme des personnes travaillant dans les bureaux, les cadres. C’est de là que vient l’expression “col blancs” qui sert à toute cette classe sociale. La chemise blanche est aussi un must en soirée. 

 

La chemise envahit les arts et les médias. Plusieurs livres sont même écrits à la fin du 19eme siècle au sujet du lavage et de la façon de porter la chemise. 

 

Les travailleurs de toutes catégories deviennent des personnages centraux dans les arts, la littérature, le cinéma, et chacun d’entre eux porte une sorte de chemise différente. 

 

Et dans chaque catégorie, les chemises se transforment de façon différente. Dans le monde du travail par exemple, les cols et les poignets amidonnés disparaissent. Les boutons de manchettes, et les boutons ornés se transforment en boutons simples et pratiques. 

 

Dans le même temps, les chemises de sorties se démarquent par la qualité de leur tissu, par la sophistication des couleurs utilisées, l’originalité des motifs et des designs et par le choix de manches et de cols différents. 

N’oubliez pas dorénavant, lorsque vous voyez une chemise dans votre armoire, le nombre de modifications que ce vêtement a subi au cours de l’histoire pour être ce qu’il est aujourd’hui. Il n’a d’ailleurs probablement pas fini d’évoluer et nous réserve sans doute encore de belles surprises.